La vie parisienne
Les théâtres sous le Directoire
L'Histoire de la Société Française pendant
le Directoire dépeint aussi la vie parisienne dans les
théâtres sous le Directoire:
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Toutes les pointes meurtrières des
petits journaux s'essayant là; là, le lazzi, la chanson, le
calembour, tout fait feu à toute heure contre les Jacobins et les
exclusifs. De bouche en bouche circulent ces mots qui sont des
étrivières, et jamais le fouet n'est lâché qui
flagellent les épaules de la Révolution. |
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Là, toute la fine fleur de Tivoli, de
Grouchy, de Corazza, toute la légion de Royale-Anarchie
est sous les armes, et parade, avec son drapeau blanc et son cri de ralliement:
"Guerre au téo-istes!". |
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Les aimables passent et repassent,
gesticulant, énumérant leurs maîtresses et leurs parents
guillotinés, parlant ensemble de la journée du 10 août, de
leur coureur qui vient de chez Franconi, et de la clé de leur loge
à Feydeau qu'une dame leur demande, contant, en grasseyant, le dernier
Jacobin rossé, et Melle d'Espagne frustrée par Abolin, et le
pantalon de Charette vendu vingt-six louis, et la jeune fille qui s'est
jetée avec le roman de Fuablas, et l'histoire du vin de Constance de
Barras.
A tout moment les wiskis jettent sur le
boulevard de nouveaux élégants venant du café Rigny, du
quai des Quatre Nations, où ils ont pris un punch au lait, et applaudi
la pendule, couverte d'un voile, qui joue le Réveil du Peuple.
Leur mot de passe est une allusion à Louis XVII: "Combien huit et demi
et huit et demi font-ils?" ou "Quelle est la moitié de trente quatre?".
Ils se reconnaissent en tirant de la poche de
leur gilet un talisman de bois ou de plomb dont la forme dessine, à la
silhouette, les figures de Louis XVI et de marie-Antoinette. Ils se
reconnaissent à un bouton porté sur l'épaule; ils se
reconnaissent encore aux dix-huit boutons de leur habits. Ils s'annoncent aussi
les uns aux autres, en fredonnant à demi-voix |
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- Représentants d'un peuple juste
- Vous, législateurs inhumains,
- Qui par une ordonnance injuste
- etc...
- Rapsodie, premier trismestre.
- Une Journée à Paris. An V.
- Censeur des Journaux. Novembre 1796.
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Martainville fait jouer le Concert de la
rue de Feydeau ou l'Agrément du jour;René, Perrin et
Cammaille donnent, à l'Ambigu, le Concert de la rue de Feydeau ou
la Folie du jour. Durement moqués, un peu injuriés dans
leurs habits, les habitués de Feydeau vont siffler à l'Ambigu; on
se bastonne un peu, on crie, on contre-crie: - A bas les Jacobins! - A bas les
Muscadins! On est un peu empoigné en sortant; et un moment, les
Parisiens se demandent s'ils ne vont pas avoir la guerre civile pour une
querelle de marchandes de modes.
Ainsi déguisés, "faces tombant
dans les poches du gilet, menton tombant dans la cravate, culotte tombant dans
les mollets", les jeunes gens du Directoire paradent. Ainsi accoutrés,
ils marchent, carrées et solides comme des pancratiastes,
courbés, voûtés, les épaules rondes, les lunettes,
mises à la mode par les avocats du tiers de 1789, à cheval sur le
nez; et la main bien appuyée sur un bâton noueux, leur pouvoir
exécutif, comme ils disent, ils ne ressemblent pas mal à "des
toucheurs de boeufs".
Par une contradiction fréquente dans
les choses de mode, ces fiers-à-bras, à bâtons
courts, ont adopté une voix de femmelette, un zézaiement
enfantin, un parler gazouillé et mourant? Ils ont des muscles à
tuer un boeuf; ils simulent une gorge si faible, qu'une lettre sonore la
déchirerait!- Tout le monde à paole supème,
à paoles vetes, à paole panassee, met l'alphabet
sur le lit de Procuste. |
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Mode masculine 1798, ample
redingote, et large pantalon (Gravure de La Mesangère, Musée
Carnavalet) |
Jeune homme 1799, redingote vue de
dos, grand bicorne. Gravure de La Mesangère, Musée
Carnavalet) |
Costume parisien de 1799, habit
à grand collet, pantalon à la batelière. Gravure de La
Mesangère, Musée Carnavalet) |
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Mode de 1799, habit à
collet haut, pantalon large. (Gravure de La Mesangère, Musée
Carnavalet) |
Un incroyable habit entre-ouvert,
(Gravure de Tresca, les croyables au perron, Bibliothèque
nationale) |
Autre type d'incroyable, habit
à larges revers. Chapeau de feutre très haut . Gravure de Carle
Vernet, Bibliothèque nationale) |
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Histoire de la Société
Française pendant le Directoire, Edition définitive
publiée sous la direction de l'Académie Goncourt |